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19 septembre 2007 3 19 /09 /septembre /2007 13:48

Contre la « Môquetmania », la lettre de Fernand Zalkinov

Par Christian Authier, journaliste et écrivain.



Contre la « Môquetmania », la lettre de Fernand Zalkinov
Merci Bernard. Il aura fallu la décision de Bernard Laporte de faire lire à ses joueurs avant le match France - Argentine la lettre de Guy Môquet pour qu'enfin beaucoup sentent que l'on avait basculé dans l'indécence et le grotesque. Bien. Mais, encore un effort, camarades. Le ver de l'instrumentalisation de l'histoire par la communication politique n'était-il pas déjà dans le joli fruit de la « résurrection » de Môquet par Nicolas Sarkozy ? Lecture de la lettre le jour de l'intronisation du Président puis chaque 22 octobre dans toutes les écoles de France : cela ne méritait-il pas débat ? Certes, il y en eut. Des historiens et des enseignants exprimèrent leurs réserves, voire leur franche hostilité à ce qui apparaissait à certains comme une récupération. Mais ces oppositions ne furent guère audibles. La môquetmania battait son plein et l'on n'avait pas trop envie de passer pour un mauvais Français.

Avec Guy Môquet brandi, comme Jaurès, par le candidat Sarkozy durant la campagne, le futur Président pratiquait « l'ouverture ». Pourquoi avoir choisi Môquet parmi ceux tombés face à l'occupant nazi et ses alliés hexagonaux ? Parce qu'il avait été glorifié par Aragon et le PCF, que son nom appartenait au roman national, que sa dernière lettre est bouleversante. La « marque » Môquet, déposée à une station de métro, était porteuse. Il suffisait de lui redonner un petit coup de jeune.

Sur le fond, qu'apporte la lecture de cette lettre aux écoliers ? En quoi éclaire-t-elle le pacte germano-soviétique ? Le vote des pleins pouvoirs à Pétain par le Parlement ? la marginalité des premiers résistants ? Il faudra bien d'autres lectures pour comprendre cette époque. Celle, par exemple, du Sang des communistes de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre (1). Gilles Perrault livrait dans Marianne en octobre 2004 un article à la fois louangeur et critique de cet ouvrage rendant « un juste hommage aux jeunes communistes des Bataillons. » On pouvait lire également sous la plume de Perrault : « Les auteurs rappellent que Môquet fut arrêté pendant le lugubre été 1940, époque où le Parti, triste marionnette dont les fils étaient tirés à Moscou par le Komintern, c'est-à-dire par Staline, recevait l'ordre de sortir de la clandestinité. Résistant, Guy Môquet ? L'archive, la sacro-sainte archive démontre le contraire : les tracts qu'il distribuait lors de son arrestation n'appelaient nullement à résister, ils continuaient de dénoncer imperturbablement le caractère impérialiste de la guerre. » Voilà qui ne cadre guère avec l'actuelle canonisation laïque de Môquet par le pouvoir pour lequel l'Histoire semble se réduire à un discours officiel, à des symboles, à un marketing politique vintage distillé par une sorte de ministère de la Vérité qui n'aurait pas oublié le précepte orwellien : « Qui détient le passé détient l'avenir. »

Puisque Nicolas Sarkozy, ses conseillers et son futur secrétaire d'État aiment les lettres, on a envie de leur conseiller celle de Fernand Zalkinov, l'un des sept « fusillés du Palais-Bourbon » qui participèrent à des opérations armées contre l'occupant. Son père et sa mère seront gazés à Auschwitz, le jeune communiste sera exécuté le 9 mars 1942 au Mont-Valérien à l'âge de dix-neuf ans. Avant de mourir, il écrit à sa sœur Rachel : « Les copains et moi n'avons pas été des lâches. Seulement c'est bien difficile, ceux qui ne sont pas passés par là ne peuvent pas savoir. Certes, nous sommes des enfants les uns et les autres, nous n'avons jamais prétendu être des héros, il ne faut pas trop nous en demander. » Oui, c'est cela : ne pas trop en demander, ne pas trop en faire…

(1) Le Sang des communistes de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Fayard, 2004. Les deux auteurs viennent de publier Liquider les traîtres : la face cachée du PCF, 1941-1943 chez Robert Laffont.

* Dernier livre publié : Une si douce fureur, Stock

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Published by André BAUP - dans HUMEURS D'EN FRANCE
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