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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 09:57
03 Août 2009 Par La rédaction Mediapart

Bruno Antonini est membre de la Société d'études jauressiennes. Il a été membre du PS de 1981 à 1997, conseiller municipal à Graulhet (Tarn) de 1989 à 1995. Enseignant la philosophie au lycée Racine à Paris, il a soutenu une thèse sur Jaurès et l'Etat en 2002, parue en 2004 chez L'Harmattan sous le titre Etat et socialisme chez Jean Jaurès.

 

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Face à la crise internationale de la pensée socialiste, de l'épuisement politique de la mission historique de la social-démocratie européenne en particulier, sur fond de faillite financière du libéralisme économique et de sa ruine morale endémique, que penser et que faire quand on se prétend socialiste?

Le dernier scrutin des élections européennes du 7 juin 2009 a confirmé cette anémie-anomie de la social-démocratie sur tout le continent, alors que la crise mondiale du modèle libéral et anglo-saxon appellerait la gauche, les socialistes de gouvernement en particulier, et le retour de l'État (pas que pour éponger les dettes et banqueroutes du Capital avec l'argent du contribuable et des forces du travail mais pour remembrer les sociétés civiles).

 

La gauche fut encore majoritaire en nombre de voix, en France au moins, le soir du 7 juin, comme elle le fut déjà au soir du second tour des législatives de juin 2007. Si je me permettais ce vocabulaire d'inspiration libérale, je dirais que manifestement l'offre politique à gauche n'est pas à la hauteur de la demande.

Les comptes n'y sont pas parce que les idées et convictions socialistes ont déserté le champ du politique à gauche, le champ des valeurs par trop désormais boursières seulement, chez les socialistes en particulier. Par manque d'audace sans doute, au nom d'un prétendu réalisme qui sonne creux et faux parce qu'il cache mal - les électeurs de gauche et les autres ne s'y trompent pas - une démission et même une trahison politiques. Une peur d'agir «à gauche», comme si cela était sinon honteux, du moins excessif.

 

Le raisonnable rime avec le rentable et le minable. Les forces socialistes, leurs cadres et représentants, élus en particulier, ont une lourde responsabilité collective face à la situation actuelle, mais aussi face à l'avenir, pour peu qu'ils veuillent bien relever les défis. Ils sont à la croisée des chemins: le sursaut ou l'enlisement. Les socialistes et la gauche au moins européenne peuvent s'ils le veulent et doivent faire un effort de pensée, de diagnostic et de doctrine comparable à celui qui fut fait par leurs ancêtres dans la seconde moitié du XIXème siècle.

Certes l'époque n'est plus la même, la société a changé, son système économique, ses classes et ses contours psychosociologiques, ses rapports de forces sociales et de production, son environnement technologique et son organisation du travail, mais l'enjeu de fond est le même : réaliser l'émancipation économique du travailleur dans la justice sociale, en prolongement de l'émancipation politique du citoyen en démocratie, le tout dans une époque charnière de redistribution des richesses, de redéploiement du Capital et de problèmes globaux nouveaux, écologiques essentiellement. L'idée socialiste, quant à elle, fait son chemin, mais le PS est incapable de s'en saisir, d'en être le digne porte-parole effectif. Pourquoi?

En France au moins, les socialistes se sont fourvoyés par l'exercice du pouvoir entre 1981 et 2002. Il n'est pas suffisant d'invoquer à leur décharge leur inexpérience gouvernementale en 1981, ou encore le fait que leur diagnostic social et économique était déjà daté et qu'il n'ont pas vu venir la «mondialisation». Un problème de fond, plus profond, plus structurel, subsiste, une sorte d'irrésolu du socialisme qu'il semble peu convenu d'oser aborder: le projet de civilisation plus ou moins induit et implicite.

 

Il a toujours été flou ou du moins «bien pensant»: convertir les masses à la modernité, technologique en particulier, pour «vivre avec son temps», être «à la mode» - c'est-à-dire individualiste - et proposer au peuple un idéal de vie qui, sous couvert légitime et nécessaire de progrès matériel en vue du confort et de l'amélioration du cadre et des conditions d'existence, a fini par accompagner le mouvement historique de dissolution de l'identité de classe des travailleurs que le capitalisme a fort intelligemment orchestré au XXème siècle au nom du progrès... technique. De là la dérive techniciste, consumériste, utilitariste et nihiliste de notre société, qui a consacré le modèle anglo-saxon ô combien décadent de tout temps et actuellement heureusement en perdition.

Par cela, les socialistes se sont rendus complices du processus historique d'émasculation de classe, de la classe ouvrière en particulier, en claironnant comme modèle social idéal et savoir-être individuel promu, le «bourgeois». Le projet de société du PS est encore celui de fabriquer des bourgeois «bien pensant» et conformistes ; son but n'est pas de servir la classe ouvrière dont on dit qu'elle est portée à disparaître.

Dès lors, il ne reste plus qu'à fabriquer des bourgeois et d'instiller l'idée non dite que les ouvriers constituent la classe honteuse, sorte de nouveaux «va-nu-pieds» dont il faut tirer au plus vite ceux qui en font encore partie. Les ouvriers l'ont senti depuis longtemps. Il n'y eut, à ma connaissance, jamais beaucoup d'ouvriers au PS. Ainsi, le PS ne peut que défendre les intérêts de la bourgeoisie et même de la haute bourgeoisie, ce qui en creux constitue toujours un combat inavoué contre la classe ouvrière, ses intérêts et son identité, tant il est vrai qu'elle existe bien et que ses intérêts (de classe) sont antagonistes avec ceux de la bourgeoisie.

 

Certains diront peut-être que j'emploie un vocabulaire désuet mais je pense, au final, qu'il faut appeler un chat un chat et que même la notion de «(grand) Capital» n'est pas un vain mot et encore moins un gros mot! Pas besoin d'être marxiste pour cela, mais merci quand même Monsieur Marx! Il faut revenir à des bases saines, solides et authentiques.

La classe ouvrière s'est amenuisée depuis 1960 et le mode de production dominant s'est considérablement transformé, passant du secteur secondaire au secteur tertiaire des services et métiers de l'information et de tous nos secteurs actuels de la dématérialisation. Une classe en émane, à l'évidence, dans une révolution du travail de très grande ampleur. Le bourgeois en est le produit social. Loin d'être méprisable, il est en fait le modèle unique imposé par une logique, une pensée elle aussi unique tout droit issue de l'actuel mode de production dominant.

 

Le bourgeois n'est pas forcément patron, il peut être salarié et est le plus souvent assez cultivé voire cultivé et même plus. C'est la classe moyenne, plus ou moins prolétarisée en une série de strates qui empêche l'émergence de sa conscience d'unité de classe. Mais aujourd'hui, il peut être plus ou moins prolétarisé et même prolétaire. On ne s'y reconnaît plus et le militant combat des vieilles lunes tout en défendant d'inaccessibles étoiles. Là est aussi toute l'ambiguïté de la cause socialiste à venir.

Un nouveau prolétariat ? Pourquoi pas. Même si il est instruit, n'est pas gueux et affamé. Voici venu l'époque des prolétaires Bac+5 ! Comme c'est sur eux que repose toute perspective de croissance économique, ce n'est donc pas demain que cela s'arrangera pour eux, comme l'indiquait un intéressant article du New York Times, en 2000. Sauf si ils s'organisent pour secouer le joug de nos nouveaux oppresseurs. C'est Jaurès qui, dans un article à La Dépêche du 3 mars 1889, intitulé «Les classes sociales», appelait les artisans, boutiquiers, petits commerçants et industriels qui certes sont propriétaires de leur (maigre) «capital» (technique essentiellement), à rejoindre le prolétariat dans sa lutte et à ne pas se laisser flatter et abuser par eux-mêmes parce qu'ils sont « patrons », alors qu'ils partagent surtout avec les ouvriers une condition de vie sociale précaire.
Il faut donc lever l'hypothèque psychosociologique et travailler à la définition d'un véritable projet de civilisation (ce que le socialisme est d'emblée et que les socialistes ou autres sociaux-démocrates n'auraient jamais dû oublier ou méconnaître) qui remette en avant le travail sur le capital, les forces du travail comme forces régénératrices de la démocratie organisée et déployée jusque dans l'économie, ce que Jaurès encore nommait «la République jusqu'au bout»!

Remettre en avant aussi l'idée de peuple: la rappeler ou la redéfinir. Le peuple est-il «l'ensemble de ceux qui travaillent» (chômeurs compris) ou «la personne morale détentrice de la souveraineté démocratique» et qui, «réuni en corps», constitue l'État, comme le pensait Rousseau? Ou un peu des deux ou encore autre chose et/ou en plus?

L'heure est à l'audace dans la pensée du réel social et de l'idéal moral. Sans attendre un Marx du XXIème siècle, il est possible de refonder sur des bases solides, pertinentes, identifiables philosophiquement et historiquement et lisibles politiquement et électoralement, un diagnostic et une prospective socialistes. Il en va de l'avenir de cette grande idée de l'auto-émancipation des peuples, qui a sans doute plus d'avenir que la fausse idée de la fin de l'histoire par le libéralisme économique de type américain, mais il faut d'abord le vouloir dans les rangs socialistes en menant ce débat, cet examen auto-critique collectif en termes sociologiques dont on sort toujours grandi, et régler enfin cet «irrésolu» du socialisme autour des questions de la modernité et du libéralisme économique, dont le non-dit en dit long sur les trahisons des clercs du PS.

Bruno ANTONINI

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Published by André Baup Mairie d'Albi - dans HUMEURS D'EN FRANCE
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